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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

ET LA LUMIERE FUT


                       La Creation de la lumiere    Gustave Doré

                       Dieu dit, que la lumière soit

Le commentaire de Rachi sur La Genèse, chapitre premier est un exercice d’école herméneutique.
Il reste au premier niveau de l’analyse et remet le verset « sur ses rouages ». L’argumentation fait appel à la morphologie hébraïque, certes, mais surtout à la logique. 
De sorte que cette leçon peut être suivie par l’hébraïsant, comme elle peut l’être par celui qui veut seulement comprendre la méthode de Rachi.
Le texte commenté est constitué des trois premiers versets de la Bible que je reproduis dans la traduction du Rabbin Z. Kahn. Nous verrons que ces trois versets donnèrent le jour à beaucoup de traductions différentes que Rachi va remettre sur leurs rouages.

1,1 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
1,2 Or, la terre n’était qui solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la surface de l'abîme, et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux.
1,3 Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.

Voici le texte hébreu, 
בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ ׃ וְהָאָרֶץ הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ וְחֹשֶׁךְ עַל־פְּנֵי תְהוֹם וְרוּחַ אֱלֹהִים מְרַחֶפֶת עַל־פְּנֵי הַמָּיִם ׃ וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים יְהִי אוֹר וַיְהִי־אוֹר ׃

1) L’erreur canonique des traducteurs

Qu’est-ce que Rachi va bien pouvoir nous dire sur ce qui serait, selon le mot de Meschonnic, une « erreur canonique » de pratiquement tous les traducteurs de ces versets ?
Simplement que le premier verset est une subordonnée et que la principale est le troisième verset. Entre les deux se trouve une incise.
L’erreur canonique est là. « La première chose créée a été la lumière. Pas le ciel et la terre. » 
Or, les trois versets furent traduits par la tradition, comme une succession d’indépendantes.
L’analyse de Rachi repose sur la constatation simple que le mot בראשית est au cas construit en hébreu.
Le sens n’est pas «au commencement», « in the beginning », indiquant une chronologie des choses créées, mais « lorsque Dieu commença à créer le ciel et la terre» dans le sens de « à l’époque de la création du ciel et de la terre ».
La traduction restituée dans l’esprit de Rachi donnerait quelque chose comme :
Lorsque Dieu commença à créer le ciel et la terre,
la terre était solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la surface de l'abîme, et le souffle de Dieu planait sur la face des eaux.
Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut.  
On lira dans son bel ouvrage le poème de Henri Meschonnic qui cherche à restituer la lecture synagogale rythmée par les signes de cantilation (ta’amim).
Peu de traducteurs ont suivi Rachi, comme s’ils se contaminaient les uns les autres.
Il faut dire que tout avait mal commencé pour les traducteurs. Les deux maîtres modèles (la Septante grecque et la Vulgate latine de Jérôme qui s’inspire de la première) ont choisi le sens chronologique ; ciel et terre en premier : « En arkhê époiêssen ho theos ton ouranon kai tên guên. », « In principio creavit Deus caelum et terram ».
Suivirent toutes les autres : la pourtant très belle King James Version : « In the beginning God created the heaven and earth », Luther : « Am anfang schuff Gott Himmel und Erden », l’espagnole de Alonso Schökel « Al principio creo Dios el cielo y la terra» et presque toutes les autres jusqu’à nos jours.

2) L’interprétation de Rachi

L’argumentation est essentiellement grammaticale même si à la fin, en couronnement, Rachi emploie la logique : comment créer la terre, en premier,  si l’eau ne préexiste pas ?
En effet le second verset mentionne l’existence de l’eau mais n’explique pas quand elle fut créée, ce qui ruine l’interprétation chronologique.
Les deux premiers mots du premier verset seraient, pour Rachi, une construction grammaticale simple en hébreu mais qui n’a guère d’équivalent dans les autres langues : le cas construit.
Deux mots se suivent, le second qualifiant le premier. Ainsi בית-ספר (beit-sefer) mot à mot maison du livre désigne une école. Les particules préfixes de l’hébreu se placent devant le premier des mots בבית-ספר : dans une école.
Rachi soutient que le premier mot de la Genèse est un nom à l’état construit et que manque le nom qualifiant, qui pourrait être « création » ou « tout. » Dès lors, la bonne traduction est pour lui « lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre… » alors que la tradition y voit une chronologie, « au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »

3) L’argumentation détaillée

Voici l'argumentation détaillée de Rachi  

Dans la première partie Rachi explique que le verset ne peut être compris de façon littérale, car, le premier mot de l'Ecriture est un cas construit dans le quel le second terme semble manquer. Il donne deux exemples de cas construits avec le mot  ראשית . 

Ensuite, vient un raisonnement a contrario. Rachi explique que si l'Ecriture avait voulu enseigner l'ordre de la création, ciel et terre les premiers, il serait écrit explicitement qu'Il créa le ciel et la terre, au commencement, ce qui en hébreu réclame la particule את pour introduire le complément d'objet direct.

La troisième étape du commentaire déploie son argument du cas construit (הסמינות) en donnant des exemples, dans l'écriture, de cas construit avecבראשית, ainsi בראשית ממלכת : au commencement du règne de ….
Au quatrième point Rachi nous indique quel est selon lui la construction du cas. Il faut le comprendre mot à mot comme (כמו בראשית ברוא), « dans le commencement de la création ».
Le mot manquant est donc à interpréter de façon similaire à ברוא (création) qui est l'infinitif absolu du verbe « créer », forme qui peut avoir, en hébreu, valeur de nom (ainsi קֱרׁא : lecture).
Pour Rabbi Eliyahu Mizrachi (commentateur de Rachi) le mot qualifiant  הכלest implicite : בראשית-הכל ; « au début de la création du tout ».

Il est ici possible de rétorquer à Rachi qu'il est étrange que l'Ecriture omette un mot (le qualifiant de בראשית). Le commentateur traite méticuleusement le cas et va chercher, dans l'ensemble de la Bible, des exemples d'omission d'un mot dans une phrase, soulignant ainsi qu'il ne s'agit pas là d'un cas isolé dans le style biblique.
Notons que dans son développement, Rachi trouve dans le texte (en Isaïe 46,10) une preuve formelle de son argument. En effet, le verset cité emploie la forme courte מראשית אחרית pour signifier מראשית דבר « depuis le commencement d'une chose » et  אחרית דבר « la fin d'une chose ». Le texte utilise le même mot  ראשית (reschit) avec la préposition מ (depuis).
Enfin en conclusion, Rachi achève la démonstration par un argument de pure logique, de quoi s'étonner soi-même. Car en suivant l'interprétation chronologique, les eaux auraient été créées avant le ciel et la terre ; or nous avons appris du Talmud (Khagiga 12a) que le ciel fut créé de feu et d'eau : le cielשמים suivant Rachi est une contraction de שם מים (l'eau est là) ou de אש ומים (le feu et l'eau).

1 commentaire:

arie a dit…

Une remarque s'impose

De quelle lumière s'agit-il ?

Non pas de la lumière physique, nous dit Rachi, mais d'une lumière réservée aux tsadikim, aux justes, dans l'avenir. Ni la théologie, ni la cosmogonie, n'intéressent Rachi. Dans un raccourci saisissant, la Bible nous dévoile d'emblée la finalité de toute l'histoire du monde, depuis sa désolation originelle jusqu'à son aboutissement. Ce sens est résolument éthique : c'est la venue d'une société juste, ou plus précisément d'une société de justes. Tout ce qui s'écarte de cet objectif n'est qu'obscurité et il ne faut pas confondre lumière et obscurité. On dira peut-être que la notion d'une société de justes est quelque peu utopique. Dans ce cas il faudra admettre qu'une telle utopie est partie intégrante de la tradion juive la moins mystique qui soit.